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Le jugement de Hahdrimfiik

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Svenhild
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Date d'inscription : 10/11/2013




MessageSujet: Le jugement de Hahdrimfiik Dim 13 Mai - 17:33:27

Le vent soufflait un froid mordant auquel rien ne faisait obstacle, agressant la seule créature qui osait braver la banquise en cette saison glaciale. Svenhild avançait à pas réguliers, et ne s'arrêtait que très rarement. Ses repas mêmes étaient pris en marche, et elle avait avalé assez de préparations énergétiques pour s'épargner du repos jusqu'à Hahdrimfiik. Elle arriverait épuisée, mais en dépit des tensions qu'elle partait affronter, cette alternative lui paraissait plus prudente que les dangers de la banquise. Vêtue d'une cape de fourrure blanche, la jeune femme se fondait presque complètement dans le néant immaculé qui l'environnait. Ca ne l'avait pas cachée des loups, des monstres de glace et des serpents tricéphales, mais aucun des dragons blancs qui l'avaient survolée ne s'étaient intéressé à elle. Etait-elle invisible depuis les cieux, ou la rumeur de son alliance avec la dragonne blanche s'était-elle répandue ?

La question traversa son esprit sans s'y attarder. Un pas puis l'autre, un pas puis l'autre. Il fallait avancer, ne surtout pas penser.

Lorsque les remparts de son foyer natif se dressèrent, son visage resta impassible. Elle n'eut pas à frapper ; une vigie l'avait repérée et fit ouvrir les portes. En les passant, elle fut aussitôt entourée d'une troupe de guerriers, dirigés par un des membres de la Source.

- Fille de Sven. Suivez-moi.

Un silence de mort lui tint compagnie le long de leur court trajet jusqu'à la maison du jarl. Elle ne croisa personne en chemin, le village apparemment désert. La raison lui apparut lorsqu'elle pénétra dans la grande batisse du jarl. La salle contenait tout juste le regroupement qui la fixait.

- Votre épée.

Souffla sèchement l'homme qui l'avait accompagnée, et qui lui tendait la main. Svenhild eut un moment d'hésitation. Elle lança un regard aux villageois. Personne n'était armé à l'intérieur de l'enceinte. Si elle voulait apaiser les rancoeurs à son encontre, elle n'avait pas le choix. Elle acquiesça, les yeux baissés, et confia son arme à l'homme avec un pincement au coeur. Enfin, elle se tourna vers le jarl, qui l'observait du haut l'estrade où son siège le perchait. Des membres de la Source aux visages maquillés de symboles tenaient la droite et la gauche du régent de Hahdrimfiik, une marche plus bas.

- Svenhild. On m'avait prévenu de ton retour, mais j'avoue que je doutais encore. Es-tu inconsciente, ou innocente du crime qui te vaut cette audience ? Explique-toi, enfant. Quand tu disparus dans la nuit, l'oeuf de dragon disparut également. L'oeuf pour lequel tu te dressas contre nous le jour même de ton départ. L'oeuf qui devait renforcer la magie de la Source.

Le ton du jarl était monté sur ses dernières phrases. Il la jaugeait d'un air furieux, avec le même regard haineux que le reste de l'assemblée. Svenhild serra le poing pour s'empêcher de trembler. Comme elle se sentait petite et vulnérable, sans le poids de son épée contre sa hanche !

- J'ai mis l'oeuf en lieu sûr, où il pourra éclore sans porter préjudice à notre peuple.

Le calme trompeur de la salle céda soudain, emporté par la vague d'indignation des vikings. Autour d'elle, les villageois la maudissaient et se récriaient. Désemparée, elle chercha dans la foule un regard amical, un soutien quelconque. Ses yeux rencontrèrent un visage familier. Pleine d'espoir, elle attendit un signe de sympathie, un échange réconfortant. Mais le visage qui ressemblait tant au sien ne communiqua rien d'autre qu'une forte volonté de rester dans l'ombre, de s'effacer. Son père gardait les yeux baissés. Comme les voix continuaient de s'élever, elle cria :

- J'AI SEULEMENT ÉPARGNÉ  UNE VIE !

Le jarl leva la main pour faire taire l'assemblée. La colère défigura ses traits lorsqu'il cracha :

- Idiote, tu nous as privés d'une arme ! Au nom de quoi, fillette ? Quelle folie a conduit la prétendue Dovahkiin à sauver l'ennemi qu'elle a le devoir d'exterminer ? Tu es supposée protéger ton peuple !!

- Mais je le protège !

La voix tremblante, Svenhild ne parvenait plus à dissimuler sa détresse.

- Je suis revenue vous protéger, je suis assez forte maintenant ! J'ai appris les premiers cris, je sais me battre ! Je...

- MAIS QU'AVONS NOUS A FAIRE D'UNE COMBATTANTE QUI SAUVE L'ENNEMI ??!

Le jarl s'était levé. Sa voix était comme un claquement de fouet, et paralysait l'esprit de la jeune femme, qui ne sut que répondre.

- Mais... L’œuf n'était pas un ennemi, tous les dragons ne le sont pas. Je protège contre les agresseurs, je ne suis pas l'agresseur.

Ses mots firent l'effet d'une averse. Tous se tenaient dans une immobilité de stupeur et de choc. Svenhild lutta contre les larmes. Plus elle s'expliquait, plus ils la regardaient en ennemie. Elle ne comprenait pas, ça n'avait pas de sens. C'était la Source, les fautifs, c'était eux qui avaient provoqué une agression et menacé une vie innocente. Elle avait simplement fait ce qui était juste, comme Louviann le lui avait enseigné. Elle avait fait ce qui était juste !

Le jarl aussi s'était tu, mais il se reprit après un moment.

- J'en ai assez entendu. A mes yeux, tu es pire encore que ce que nous pouvions attendre d'une femme à qui l'on a remis des responsabilités d'homme. Mais c'est le peuple qui décidera de ton sort, enfant. Que ceux qui sont assez fous pour croire l'accusée innocente lèvent la main.

Svenhild écarquilla les yeux. C'était donc un procès ? Elle était passée en jugement, et sans comprendre qu'elle défendait son sort tout entier, elle avait cafouillé pour défense les premiers mots qui lui étaient venus. Comment les choses avaient pu en arriver là, sans même qu'elle les voient venir ? Comment avait-elle pu se tromper à ce point ? Elle ne connaissait plus le peuple qu'elle avait aimé de loin. Sa logique lui avait complètement échappé, sa morale lui était inconnue. Des larmes lui embrumèrent les yeux. Même ainsi, elle pouvait voir qu'aucune main ne se levait en sa faveur.

- Que ceux qui la jugent coupable de haute trahison lèvent la main.

Le mouvement fut unanime.

- Svenhild, Fille de Sven. Hahdrimfiik t'a entendue et jugée coupable. Je te bannis de nos terres, et te condamne à prendre la Porte des Déchus. Les Dieux te regarderont. Puisses-tu leur épargner davantage de déception.

Les larmes roulèrent sur ses joues, libérant sa vue sur une foule approbatrice. Elle tourna les yeux vers son père une nouvelle fois. Sven croisa son regard un bref instant, avant de détourner le visage. Elle ne l'avait pas senti, mais des mains s'étaient refermées sur son bras alors qu'elle tombait à genoux. Elle n'avait pas entendu non plus les incantations des mages. Elle battit des cils, incrédule, devant la marque des Déchus sur sa main. Petit à petit, la salle se vida. Elle ne vit pas le temps s'écouler, tout était figé. Elle n'arrivait plus à penser. Hébétée, elle restait seule dans la salle d'audience.

Des heures s'écoulèrent avant que le froid ne la dégage doucement de sa torpeur. Elle se leva, sortit de la salle. Son esprit était toujours engourdi. Elle suivait docilement son instinct, sans aucune pensée. La marque à sa main. Elle devait prendre la Porte des Déchus. La peur se mêla à son désespoir. Elle n'avait jamais vu personne prendre la Porte des Déchus, mais ses jambes surent la guider. Là où aurait dû se trouver les portes des remparts, un énorme portail était à présent ouvert. Elle était la seule à le voir. La seule à ne plus pouvoir quitter autrement le village. Il attendait qu'elle le franchisse. Elle s'y engouffra.

Il faisait nuit, et la neige tombait. Elle était toujours sur la banquise, mais loin d'Hahdrimfiik. La Porte des Déchus, que les mages de chaque village pouvaient invoquer, menait les bannis dans un endroit reclus de la banquise qu'on appelait "la Route de la Honte". C'était un territoire dangereux dont on ne sortait, disait-on, qu'en allant au bout d'étapes difficiles et humiliantes. Mais on n'en connaissait pas de survivants, et personne ne savait exactement quelles épreuves y affrontaient les déchus.

Svenhild était au centre d'une très étroite parcelle qui seule était épargnée par une forêt drue. Les arbres étaient gigantesques ; elle n'en voyait pas la fin. Mais elle voyait nettement, en revanche, feuilles acérées comme des lames que brandissaient vers elles les arbres étroitement serrés comme une bande de pirates à l'assaut. Svenhild déchira un petit morceau de sa chemise, et la jeta vers une feuille. Comme elle s'y attendait, le tissu franchit les feuilles en lambeaux. Il n'y avait pas de chemin, que des branches tendues les unes vers les autres. Si elle passait au travers, elle serait tailladée de part et d'autres.

- FUS !

L'arbre devant elle se recula légèrement, ses feuilles envolées sous la force du cri, et découvrit ses branches. Dénudées, les branches arboraient un bois aussi aiguisé que les feuilles. Svenhild fit un tour sur elle-même, affolée à l'idée de n'avoir plus le choix qu'entre mourir de faim, et mourir lacérée. Tout à coup, un grognement rugit dans son dos. Elle se retourna tandis que des bruits de pas animaux cavalaient dans sa direction. C'était impossible, aucun animal ne pouvait passer au travers des arbres-épées ! Les bruits se rapprochaient pourtant. Un nouveau grognement porcin. Aux aguets, Svenhild ne pouvait qu'attendre. Lorsque l'animal surgit, son corps venait tout juste de recouvrer sa magie draconique. Ses réflexes lui permirent de crier juste à temps :

- FUS !

Stoppant net l'espèce de petit sanglier à la peau couverte d'épines, qui tomba à terre, entre les arbres. Le Thuum avait fait s'envoler des feuilles, empalant l'animal sur place. Le souffle court, Svenhild s'accroupit. Près du sol, les arbres étaient nus sur une hauteur de 70 centimètres. Juste assez pour laisser passer un petit animal, ou ... Un humain à genoux. Svenhild retira son manteau de fourrure, et se mit à quatre pattes. Un son humide s'échappa de la boue quand elle s'appuya sur ses mains. La jeune femme poussa un hoquet de surprise. Le sol empestait. Une odeur d'oeufs pourris et de déchets animaliers. La boue rentrait à l'intérieur de son pantalon et de ses manches. Tremblant de froid et le souffle coupé, elle se fraya à quatre pattes un chemin au travers des arbres.

Jamais elle ne s'était sentie aussi seule. Elle avait perdu sa mère à un jeune âge, et été séparée de son père et de son clan peu après. Elle avait été élevée au sein d'un camp qu'elle répugnait, formée parmi un groupe d'élèves qui la méprisaient. Mais le sentiment d'abandon qu'elle éprouvait alors n'était en rien comparable à ce qu'elle éprouvait maintenant. Une plainte désespérée franchit ses lèvres malgré elle. Elle s'arrêta sous les arbres, et pleura. Au loin, un cri animal retentit. Elle plaqua sa main contre sa bouche pour étouffer ses plaintes.

" Les Dieux te regarderont. Puisses-tu leur épargner davantage de déception."

Elle ferma fort les yeux, empêchant ses larmes de revenir. Elle reprit son souffle. Quelques minutes plus tard, elle ouvrait les yeux sur un regard déterminé. Elle poursuivit son chemin, au hasard. Elle ne pleura plus, craignant d'attirer des ennemis, ou pire encore, de faire honte à ses Dieux. Même quand des feuilles qu'elle ne voyait pas sur son chemin lui mordaient les bras et les jambes, elle retenait ses cris. Bientôt, ses bras tremblèrent de douleur et de froid, sous la boue et un sang poisseux et épais. Elle n'ouvrait plus la bouche que pour se protéger des créatures qui croisaient son chemin. Elle avançait au hasard sans penser - si elle pensait maintenant, c'en était fini d'elle. Car alors viendraient les questions qui lui feraient perdre tout courage. Le jour se lèverait-il ici-bas ? Trouverait-elle un chemin hors de la forêt ? Y en avait-il un ? Et si oui, que devrait-elle ensuite affronter, si ceci n'était que la première étape d'une longue route ? Et si elle survivait, que deviendrait-elle ? Qu'avait-elle à espérer, loin de son peuple et du destin pour lequel elle avait toujours vécu ?

Un grognement la réveilla en sursaut. Épuisée, elle s'était assoupie dans la boue en pleine traversée. Elle se remit maladroitement à quatre pattes. Une créature canine se préparait à attaquer. La bête avait le corps sinueux et maigre, parfait pour passer entre les arbres. Les babines retroussées, elle fondit sur elle, prête à mordre.

- FUS !

Le cri suffit à arrêter la créature dans son élan. Svenhild se jeta sur elle à son tour. La bête se débattit, et bien qu'immobilisée par les mains apposée sur ses épaules, tourna la tête et plongea ses crocs dans le bras de la viking. Svenhild hurla, mais ne lâcha pas. Redoublant d'efforts, elle souleva la créature. De quelques centimètres seulement. Cette courte distance fit la différence. La bête mourut dans un jappement, la tête tranchée par une feuille. Svenhild referma une main sur son bras blessé. Il était agité de petits spasmes incontrolables. Retenant un hurlement de douleur, elle serra les dents en attendant que la douleur passe, le front au sol.

Quand elle repartit, son ventre se mit à la trahir en gémissant de faim. Les chemins qu'elle prenait étaient choisis au hasard. Elle n'y voyait pas grand chose, le jour ne s'était pas levé, et elle aurait été incapable de reconnaitre les endroits où elle était passée. Les arbres lui couvraient trop la vue pour qu'elle suive les étoiles. Alors elle continuait toujours tout droit, du moins autant que le permettaient les troncs. Il lui fallait souvent contourner des passages trop étroits, ou menacés par des feuilles tombées au sol. Tout se ressemblait. Les arbres, le chemin toujours plat et boueux...

Après des heures de vagabondage, une lueur distante se distingua de l'environnement. Svenhild plaqua une main tremblotante sur sa bouche. Etait-ce une sortie ? Reverrait-elle le soleil ? Elle avança aussi vite qu'elle le put dans sa position douloureuse. Impatiente, elle en oublia d'être prudente et se fit mordre par des feuilles sur son passage. Elle y fit à peine attention. Au bout d'une dizaine de minutes, elle parvint à rejoindre une ouverture illuminée.

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MessageSujet: Re: Le jugement de Hahdrimfiik Lun 14 Mai - 18:35:00

Quittant la forêt d’arbres-épées, Svenhild déboucha face a une immense vallée glacée.  Du ciel grisâtre mais clair tombait une neige légère que pas un souffle de vent ne venait perturber. La nature s’était tue, laissant planer un silence étrange que la jeune femme ne pouvait pas ignorer.

Ce n’est qu’en faisant quelques pas plus loin qu’une sensation de vibration lui remonterait des pieds. Au loin, des bruis sourds de pas qui, dans ce silence, donnaient l’impression de tonner. La vallée était infestée de géants des glaces ! Svenhild allait devoir se faire discrète et prier pour passer sans se faire remarquer, car le moindre géant qui la verait la prendrait en chasse pour l’écraser ou la geler de son souffle glacé.

Il faut trois jours de marche pour arriver au bout de cette vallée, chaque nuit est une nuit de blizzard. Le jour, le silence est si lourd, en dehors des pas de géants, que le moindre bruit semble être une cacophonie.

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Svenhild
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MessageSujet: Re: Le jugement de Hahdrimfiik Mer 23 Mai - 21:03:39

Svenhild se redressa devant un paysage immaculé dont l'étendue semblait ne connaitre aucune fin. Un froid puissant la gifla, ignorant la maigre protection de sa tenue dépouillée de la cape de fourrure. La jeune femme croisa les bras contre elle, analysant avec un reste d’hébétement l'environnement si étrangement calme autour d'elle. Rien ne la menaçait ici, outre le froid.

Elle s'obligea à décoller les bras de son torse pour accueillir à deux mains la neige qui tombait, et s'en frotta le visage. Elle fit de même avec ses mains, ses bras, et ses genoux à vif. La neige qu'elle avait passée sur sa peau retomba noire de boue sur le sol. Elle avait plus froid que jamais, mais elle était moins sale. Plus capable d'aller de l'avant.

Passés une dizaine de mètres, le sol lui renvoya de petites vibrations. Elle s'arrêta un moment, alerte, quand elle entendit le bruit sourd qui accompagnait chaque secousse. Ses yeux s'écarquillèrent, un petit nuage de buée s'échappa de ses lèvres. Des... Géants. Des géants des glaces !!!

Au loin, des géants des glaces mouvaient leurs silhouettes grotesques au travers de la neige. Le coeur engourdi de Svenhild battit la chamade au rythme d'un cheval lancé au galop. Aucun humain ne pouvait affronter pareil ennemi ! Aucun ! Les géants des glaces étaient les adversaires des Dieux, et plus particulièrement du plus fort des Dieux, Thor. Thor. Thor, qui n'avait jamais peur. Thor, protecteur des êtres humains. La regardait-il en cet instant ? Si oui, la délaissait-il pour se venger de la déloyauté dont on l'accusait ? Par Wodan, que devait-elle faire ?! Les Dieux ne considéraient que les guerriers qui affrontaient la mort avec force et bravoure. Mais si elle mourait sur la Route de la Honte, jamais elle n'irait au Valhalla ! Elle irait pourrir en enfers auprès de Hel ! Non, elle ne voulait pas mourir maintenant. Pas ainsi. La mort ne lui était rien. Mais la disgrace lui était insupportable. Elle ne pouvait se résoudre à souffrir son humiliation pour l'éternité. La voie qui s'offrait à elle lui laissa un gout amer en bouche. Elle serra les dents, résolue. Et fila doucement sur sa gauche, où une côte la dissimulerait des premiers géants sur son passage.

Elle avançait à la dérobée, fuyant derrière les amas de neige tel un voleur en quête de pénombre. Elle courait de cachette en cachette aussi vite que la peur le lui permettait, et s'arrêtait jusqu'à ce que les Géants proches ne s'éloignent, ou bien qu'elle soit sure qu'ils lui tournaient le dos. Parfois, les géants étaient distraits par une proie qu'ils se disputaient ou un mouvement qui les intriguaient. Ils se détournaient, et elle n'avait alors aucun répit. Elle ignorant la fatigue et poursuivait sa course. D'autres fois, et c'était pire, elle attendait ce qui lui semblait une éternité avant qu'ils ne bougent. Elle attendait le coeur battant, et quand elle vérifiait leur position (très lentement, très silencieusement, très précautionneusement) en risquant un oeil hors de son abri, la peur lui donnait la nausée. Un regard au mauvais moment, et elle mourrait. Mais si elle restait cachée trop longtemps, le froid la tuerait tout aussi sûrement.

A un moment, un lièvre avait surgi et filé vers la côte de neige derrière laquelle elle se faufilait. Un des géants s'était lancé à sa poursuite, arrachant de violentes secousses au sol. Svenhild s'était figée, paralysée par la terreur. Le géant était passé à quelques mètres d'elle, manquant de peu de l'écraser, et avait continué sa course sans la voir. Plusieurs minutes s'étaient écoulées depuis son départ lorsqu'elle tomba à genoux dans la neige, secouée de tremblements.

Elle avait essayé d'avancer la nuit durant leur sommeil. Le blizzard et les ténèbres avaient bien failli la mener à sa perte. Aveuglée, elle avait confondu un géant endormi avec un mont, et s'était appuyée contre lui dans un moment d'épuisement. Au contact de sa peau, elle avait sursauté. Mais heureusement, son cri lui était resté en travers de la gorge, et le géant dormait si profondément qu'il ne l'avait pas sentie.

La seconde journée, la faim se fit plus menaçante, et se manifesta de façon plus dangereuse que la douleur dans son estomac et le manque d'énergie. Son ventre gronda au beau milieu du silence de la banquise. Craignant que le bruit n'attire les Géants, la jeune femme finit par céder à l'idée qui la hantait depuis un moment, et qu'elle n'avait osé mettre en oeuvre. Dissimulée derrière un pic de glace, elle attendit que le géant qu'elle avait vu partir à la chasse d'un ours polaire ne se lasse de le déchiqueter. Quand les secousses de ses pas se tarirent, elle glissa doucement hors de son abri. Il était loin. Ne restait de son passage qu'une masse rouge et démembrée. Et fumante. Fumante de chaleur. Svenhild se jeta sur la carcasse informe. A genoux dans les entrailles à moitié mastiquées, la jeune femme y plongea les mains. Une douce chaleur la réchauffa. Elle retint un gémissement de bien-être. Quand elle eut recouvré l'usage de ses doigts, que le froid avait engourdis, elle se concentra pour invoquer les flammes de son sort de feu. Une langue de feu jaillit du sol et se heurta au cadavre, le léchant faiblement à l'impact, pour s'éteindre presque aussitôt. La jeune femme se mordit les lèvres, au bord des larmes. Elle retenta à plusieurs reprises le sort de flammes, mais sans meilleur résultat. Alors, elle attrapa à pleine main un morceau d'entrailles qu'elle ne reconnut pas... et y plongea les dents. A la première bouchée, elle vomit aussitôt le peu qu'elle avait ingéré. Torturée par la faim, elle s'attaqua au reste plus doucement, s'efforçant de prendre le temps de mastiquer avant d'avaler. Elle s'arrêta régulièrement pour contrôler ses hauts le coeur, mais au bout d'un moment, la faim cessa de la tourmenter.

Repue, la jeune femme fixa le soleil couchant. Le blizzard nocturne reviendrait bientôt la harceler. Elle était si fatiguée. Ici, dans sa carcasse, le froid n'était presque plus si douloureux. Elle hésita un instant, avant de se décider à se blottir contre le ventre déchiré du cadavre, et de s'endormir.

Au bout de trois jours, Svenhild dépassa la vallée neigeuse et ses géants, découvrant un tout nouveau décor.

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